Vieillissement de la profession, difficultés de renouvellement, attractivité des métiers et montée en puissance de l’intelligence artificielle : la 37e enquête nationale de l’Observatoire des ingénieurs et scientifiques de France (IESF) met en lumière les défis auxquels le secteur doit faire face. Avec plus de 32 000 répondants, cette étude dresse un état des lieux de la profession. Elle interroge sa capacité à préparer les ingénieurs de demain.


Le renouvellement des ingénieurs, un enjeu majeur pour les années à venir
La France pourrait-elle manquer d’ingénieurs dans les prochaines années ? C’est l’un des enjeux soulevés par la 37e enquête nationale de l’IESF (Société des Ingénieurs et Scientifiques de France). Selon les données présentées, plus d’un quart des ingénieurs pourraient être proches de la retraite à l’horizon 2035. Près de 24 % de la profession a déjà plus de 50 ans.
Ce vieillissement concerne notamment les secteurs des télécommunications et de l’industrie. Il pose une question centrale : comment assurer le renouvellement des effectifs et préserver les compétences nécessaires au fonctionnement de ces secteurs stratégiques ?
Au-delà du recrutement de jeunes diplômés, la transmission des savoir-faire constitue un défi important. Pourtant, elle reste encore largement informelle : seuls 25 % des ingénieurs seniors prépareraient activement cette transmission. Anticiper les départs, organiser le partage des connaissances et accompagner les nouvelles générations apparaissent donc comme des leviers essentiels pour assurer la continuité des compétences.
Industrie, énergie, numérique : des secteurs qui recrutent
Si les besoins en ingénieurs demeurent importants, l’attractivité de certains secteurs reste un enjeu. Moins de 30 % des jeunes diplômés s’orientent vers l’industrie, alors même que celle-ci figure parmi les principaux domaines concernés par les recrutements en 2025, aux côtés de l’énergie et du secteur tertiaire.
Cette situation souligne l’importance de mieux faire connaître la diversité des métiers d’ingénieur et leurs perspectives d’évolution. Transition énergétique, transformation numérique, développement industriel, innovation technologique : les ingénieurs interviennent dans de nombreux domaines qui accompagnent les grandes mutations économiques et sociétales.
Pour attirer de nouveaux talents, l’enjeu est aussi de permettre aux jeunes de mieux comprendre les réalités de ces métiers : les compétences mobilisées, les secteurs accessibles et les possibilités de contribuer concrètement aux transformations en cours.

Salaires des ingénieurs : une rémunération attractive, mais des écarts persistants
La rémunération reste un élément important de l’attractivité de la profession. D’après l’enquête, le salaire médian des ingénieurs atteint 67 800 €, en légère hausse. Il demeure supérieur à celui des cadres, même si la progression salariale tend à se stabiliser.
Les rémunérations varient toutefois selon plusieurs facteurs, notamment l’âge et le genre. Les données présentées font état d’un écart de 22 %. Cette situation souligne l’importance de continuer à examiner les inégalités au sein de la profession.
Au-delà du salaire, la satisfaction professionnelle reste élevée : 68 % des ingénieurs se déclarent satisfaits de leur situation. Le sens du travail, l’ambiance professionnelle et l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle figurent parmi les éléments qui contribuent à cette satisfaction.
Ces résultats rappellent que l’attractivité des métiers d’ingénieur ne repose pas uniquement sur les perspectives de rémunération. Les conditions de travail, l’intérêt des missions et la possibilité de trouver du sens dans son activité comptent également dans les choix de carrière.
Où travaillent les ingénieurs ? Des mobilités au fil de la carrière
La répartition géographique des ingénieurs reste concentrée dans quelques grands bassins d’emploi. L’Île-de-France et la région Auvergne-Rhône-Alpes rassemblent à elles seules environ la moitié des effectifs.
La mobilité géographique constitue également une dimension importante des parcours professionnels. En début de carrière, 60 % des jeunes ingénieurs envisageraient de changer de région, notamment pour accéder à de nouvelles opportunités professionnelles.
La profession s’inscrit par ailleurs dans un contexte international : près de 145 000 ingénieurs français travaillent à l’étranger, où les rémunérations sont souvent plus élevées. Cette mobilité ouvre des perspectives de carrière, mais pose aussi la question de l’attractivité de la France pour ses ingénieurs et de sa capacité à conserver les compétences formées sur son territoire.
Intelligence artificielle : une opportunité à accompagner par la formation
L’intelligence artificielle transforme progressivement les pratiques professionnelles des ingénieurs. Selon l’enquête, 74 % d’entre eux utilisent déjà des outils d’IA, notamment ChatGPT et Copilot.
Si une majorité perçoit cette évolution comme une opportunité, la confiance dans ces technologies reste modérée. Certains ingénieurs expriment également des inquiétudes quant aux conséquences possibles de l’IA sur leur emploi.

Dans ce contexte, la formation apparaît comme un enjeu central : 68 % des ingénieurs considèrent la formation à l’intelligence artificielle comme une priorité. Maîtriser ces nouveaux outils, comprendre leurs limites et savoir les intégrer de manière pertinente dans son travail devient progressivement une compétence professionnelle importante.
Pour les établissements d’enseignement supérieur, cette évolution souligne l’importance de former des ingénieurs capables de s’adapter aux transformations technologiques, tout en développant leur esprit critique et leur capacité à prendre du recul sur les usages de l’IA.
Former les ingénieurs de demain : un défi collectif
Le vieillissement de la profession, les besoins de recrutement, la transmission des compétences et les mutations technologiques dessinent plusieurs défis pour l’avenir des ingénieurs en France.
Répondre à ces enjeux suppose d’agir à différents niveaux : mieux anticiper les départs à la retraite, favoriser le partage des connaissances entre générations, renforcer l’attractivité des secteurs qui recrutent et accompagner les ingénieurs dans l’évolution de leurs compétences.
L’orientation et la formation des jeunes générations ont également un rôle à jouer. Faire découvrir la diversité des métiers d’ingénieur, leurs débouchés et leur contribution aux grandes transitions peut aider les lycéens et les étudiants à mieux comprendre les perspectives offertes par ces parcours.
Au-delà du risque de pénurie, l’enjeu est donc de préparer le renouvellement de la profession et de donner aux futurs ingénieurs les moyens de répondre aux besoins économiques, technologiques et sociétaux de demain.
